REUSSIR ENSEMBLE LA DIVERSITE

Comment mettre en place les solutions aux problèmes que rencontrent les jeunes diplômés issus des quartiers populaires à trouver un emploi à la hauteur de leur diplômes.
Comment redonner espoir à toute une frange de la population qui est souvent délaissée voir exclue de cette société française.
Autrement dit : Comment et surtout qui va tendre la main à tous nos BEP,CAP et sans diplômes qui squat nos halls d’immeuble ?
Les solutions aux problèmes des Banlieues existent !
Combien de milliards ont été engloutis pour acheter la paix sociale?
Aujourd’hui il est indispensable de CONSTRUIRE cette PAIX.
Mais avec qui ?
Richard Descoings, patron de Sciences-Po Paris, et Monique Canto-Sperber, qui dirige Normale sup, critiquent sans langue de bois une campagne marquée par des silences assourdissants.
Le Figaro Magazine - En quoi cette campagne électorale reflète-t-elle la France de 2007 ?
Monique Canto-Sperber - Elle traduit l'inquiétude de la société. Les mutations sociales et économiques ont conduit à une transformation des mentalités et des espoirs. La conviction qu'une personne a un emploi pour la vie ou qu'elle appartient à un groupe social bien défini se heurte à la réalité de parcours professionnels discontinus. Les Français ne demandent ni un réconfort paternaliste ni davantage d'illusions. Ils aspireraient plutôt à ce qu'on leur présente les différentes options politiques, chacune avec ses risques, inconvénients et bénéfices. Au lieu de cela, les rencontres entre citoyens et candidats - celles de TFI sont édifiantes - montrent une dérision du discours politique. Les Français ne sont plus incités à inscrire leurs intérêts particuliers dans un projet politique, mais à interpeller le candidat : «Que pouvez-vous faire pour moi ?» Les candidats sont transformés malgré eux en ce démagogue décrit par Platon qui se promène au milieu de la foule avec un miroir, en disant : «Reconnaissez-vous, je ne suis que vous, je vais vous satisfaire...»
Richard Descoings - Cette campagne montre aussi que nous avons échoué à faire naître et conforter un sentiment de citoyenneté européenne. Faute d'un débat sur l'avenir de la France dans l'Union, une partie importante du discours politique se crispe sur l'espace «local» franco-français, la nostalgie au coeur, avec le sentiment d'une incapacité à se projeter, à agir. On dit l'Europe en crise. A tort. C'est la France qui est en crise au sein de l'Europe. Les 18 gouvernements des pays qui ont dit «oui» à la Constitution européenne ne pensent pas autrement. Même s'ils n'en parlent que très peu, les candidats savent que sortir de cette situation sera leur dossier le plus urgent.
Il n'y a pas de grande vision. C'est un handicap ?
R. D. - La vision avec un grand V, au sens gaullien du terme, n'est pas réaliste dans l'environnement actuel. Nos sociétés ont changé dans un contexte mondial qui rend bien difficiles les aventures nationales. En revanche, on peut mettre en exergue des valeurs que l'on partage, au sein d'une nation et avec d'autres nations. Et se proposer de construire ensemble un futur collectif sur ce fondement.
Que vous inspire la résurgence des thèmes nationaux ?
R. D. - Plus on est global, plus il faut des racines locales solides. On peut se sentir très européen et très français à la fois, et en même temps se sentir comptable de l'avenir de la planète. Sur la laïcité, sur la place de l'Etat, sur l'école, nos approches peuvent être autres que celles de nos voisins. Je ne vois rien d'inquiétant à ce que les Français aient envie qu'on leur dise dans un contexte de libéralisation croissante : vous pouvez être fiers de ce que vous êtes ! On chante La Marseillaise lorsque l'équipe de France gagne un match de foot : pourquoi serait-ce le seul moment de bonheur national ?
La discrétion du débat sur les banlieues vous surprend-elle ?
R. D. - Non, parce que le problème fait peur. Expliquer qu'il a fallu décréter l'état d'urgence en novembre 2005 parce que la violence embrasait 300 villes de France, qu'un plan d'urgence massif est impératif pour lutter contre les déchirures du lien social, cela n'est pas très électoral quand l'opinion publique émet surtout un souci de protection. Il est plus facile d'invoquer les faux dangers de la globalisation qu'une telle situation sur le territoire national. La personne élue à la présidence devra de toute façon rechercher ce qui peut nous donner envie de vivre tous ensemble. Faute de quoi celles et ceux qui se sentent exclus du fameux modèle républicain iront chercher ailleurs des raisons d'exister, notamment dans les communautarismes.
Avec l'école au coeur du problème ?
M. C.-S. - C'est l'un des domaines où la capacité d'action du politique reste entière. Mais le problème de l'éducation - comment faire pour que les enfants apprennent bien (quel type de suivi des élèves ? quelles structures d'apprentissage et de travail personnel ? quels programmes ?) - est peu abordé par les candidats. Faire en sorte que l'école retrouve sa mission de former des citoyens éduqués, qualifiés, autonomes, devrait être un défi majeur. C'est aussi vrai pour l'enseignement supérieur et la recherche : il est possible de réaliser en cinq ans un programme ambitieux dans ce domaine.
Il y a peu de débat sur la justice...
R. D. - C'est un des points où le politique a été le plus défaillant depuis des décennies. En 1959, on a voulu créer une sorte d'ENA des magistrats avec l'Ecole nationale de la magistrature. Après deux années dans cette institution, on demande à des jeunes entre 20 et 30 ans d'instruire des affaires criminelles et, plus encore, de juger de divorces ou de décider de la garde des enfants. Est-ce possible sans une certaine expérience de la vie ? Dans certains pays, on ne devient juge qu'après avoir été avocat. N'est-ce pas plus rassurant de savoir qu'avant de juger, il a fallu défendre ? La justice manque de moyens et les juges ne sont pas assez nombreux au regard de nos voisins européens. Permettre à la justice de reconquérir la confiance des citoyens, n'est-ce pas une grande ambition ? Et qui ne serait guère onéreuse tant le budget de départ est faible !
On a beaucoup parlé des institutions. Est-ce la dernière présidentielle de notre Ve République?
R. D. - Que le rôle du Sénat ou celui du Premier ministre évoluent, est-ce bien l'essentiel ? Deux sujets primordiaux me paraissent pouvoir dessiner de véritables lignes de clivage : la loi électorale et la vertu républicaine. La probité du politique est le socle de la confiance des citoyens dans les démocraties libérales. Et la loi électorale détermine la place du curseur entre le désir de représenter et la nécessité de gouverner. Nous n'avons pas eu de grand débat politique depuis 1995. On y est. Cela cogne. Les gens se passionnent. Et il y aura cette fois-ci un vrai choix.
Monique Canto-Sperber et Nicolas Tenzer, Faut-il sauver le libéralisme ?, Grasset.
Richard Descoings et René Rémond, Sciences-Po : de La Courneuve à Shanghaï, Les Presses de Sciences-Po.
Sources:le figaro.fr magazine